Karma is dead
Il y a quelques années, j’ai commencé à croire en un principe de l’Univers selon lequel pour chaque évènement qui arrive, un évènement équivalent inverse devra arriver pour équilibrer le tout. Pour chaque petite joie, un petit malheur, pour chaque grand bonheur, une grande tristesse. Pas forcément tout de suite, mais à un moment la balance devra se refaire. J’ai vite fait d’appeler ça du “karma”, même si j’étais pas fan d’utiliser un mot bouddhiste sans l’être parce que j’ai pas giga envie de ressembler à une hippie, mais bon, ça ressemble quand même pas mal à du karma.
Sauf que le karma, si j’ai bien compris, c’est une force qui s’applique à tous et qui vient faire payer les mauvaises actions et récompenser les bonnes. Le karma s’en chargera, karma is a bitch, tout ça tout ça, tout ce qu’on dit pour rassurer des gens qui vivent des mauvaises passes. On me l’a déjà dit, à plusieurs reprises pour plein de situations différentes de différentes importantes. Pourtant, je me rends compte que je ne crois pas au karma, en tout cas pas sous cette vision-ci de “vengeance de l’Univers”, pour deux raisons majeures : l’expérience et l’envie.
L’expérience
Bon à la base je voulais prendre un exemple concret mais en fait ça fait très ouin-ouin et c’est pas mon but ni ma volonté ni mon envie parce que maintenant je m’en fous d’une histoire qui remonte à y’a 7 ans même si ça a eu des conséquences importantes sur moi, donc on va rester philosophiques. Admettons que l’un de vos amis traverse une relation compliquée, et que son partenaire fasse un truc objectivement moralement pas ouf avant de le quitter. Pour rassurer votre ami, il y a des chances que vous lui dites, ou que lui-même dise “attends, tu vas voir le karma”. Plutôt lambda. Maintenant, flash forward des années après : le karma attend encore. Une action qui a été mauvaise ne veut pas forcément dire que l’actant en payera le prix. Parfois, c’est injuste, mais ça n’arrive pas. Si on vous trompe, c’est peut-être pour une relation moins bien, mais peut-être aussi pour l’amour de sa vie. Si on décide de ne plus vous parler du jour au lendemain, c’est peut-être pour une raison aussi bête que la jalousie, que pour une raison profonde que vous ne pourrez jamais savoir. Fun fact : la personne qui a arrêté de me parler subitement l’a fait après que je sois sortie avec la personne qui me trompera plus tard. Les deux sont, à ma connaissance et sur le peu que je veux chercher, encore en couple avec la personne qui a immédiatement suivie mon existence. Parfois, et c’est horrible à dire, mais le bien de l’un passe par le mal d’un autre. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut faire le mal, il faut l’atténuer, mais voilà, si vous savez que votre bien passe, de façon indubitable, par faire du mal à autrui, êtes-vous redevable au karma ?
L’envie
On en vient au second point pour lequel je ne crois pas au karma. Je n’ai pas envie de souhaiter ou désirer du mal à quelqu’un d’autre, encore moins à quelqu’un que j’ai apprécié, que ce soit quelques semaines ou des années durant. Je veux le bien de tous. Ca fait bête à dire et à lire, je sais, mais c’est vrai. Je veux que tout le monde soit heureux et vive la meilleure vie possible. C’est pour ça que je suis de gauche en fait, c’est parce que je désire ardemment le bonheur de tous que je suis antifasciste et anticapitaliste : ma haine ne va que envers les pensées et individus qui par leurs actions mêmes créent du malheur, de l’inégalité et de l’injustice. Jésus a dit “aime ton prochain”, et il a viré les marchands du temple à coups de nerfs de boeufs, message reçu mon reuf. “Oui mais dessvan c’est super hippie de dire ça” déjà je vous emmerde et ensuite y’a le dire et le faire parce que bon Gandhi et Lennon ont beau dire “en vrai la paix c’est cool” mais ils avaient pas mal d'exception dans leurs prochains directs mais bon on va pas rentrer dans une bataille punk/hippie c’est pour un autre projet. Bref : je veux le bonheur de tous, et donc ergo je ne veux pas leur souhaiter du mal. Oui, on m’a fait du mal, de plein de manières différentes. Moi aussi, j’ai fait du mal, de plein de manières différentes. De la merde j’en ai fait y’a des gens que j’ai déçu, y’en aura encore je me crois pas au-dessus pour citer le poète. Mais malgré ça, je ne veux pas que les gens “payent” le mal qu’ils m’ont fait. Je veux sincèrement qu’ils soient heureux, mais je désire par contre qu’ils comprennent la douleur qu’ils ont causé, qu’ils la comprennent au point de se sentir honteux et de demander pardon. Je ne le dis pas en mode “REPENTEZ-VOUS”, mais car je cherche aussi à pardonner les gens, parce qu’encore une fois ça me fait du bien. Je ne veux pas vivre avec de la rancoeur et de la haine envers des gens qui, n’étant ni nazis ni patrons, ne le méritent pas. Alors, je veux pardonner, mais pour pardonner il faut que les deux soient d’accord. Je peux prévenir que je veux pardonner, mais pour l’accorder, il faut que l’autre le demande et le “mérite”, et pour le “mériter” à mes yeux il faut simplement montrer qu’on a compris le mal qu’on a fait et qu’on s’y sente mal et honteux. Je ne veux pas qu’on rampe devant moi en me réclamant pardon je veux juste un “j’avoue, j’ai merdé c’était pas cool de ma part”, et que la personne accepte de comprendre à quel point moi ça m’a impacté. Je pense pas beaucoup demander.
Je n’ai pas eu ça de la part de la personne qui m’a trompé. Je n’ai pas eu ça de la part du mec qui a subitement arrêté de me parler. Je ne doute pas qu’ils soient heureux, mais je vis parfois mal avec la pensée que je n’ai pas pu leur pardonner, parce que je ne sais pas s’ils vivent mal leurs actions ou non. Alors, on est d’accord, y’a de fortes chances qu’ils n’en aient mais alors rien à foutre. Ca fait des années qu’on s’est pas parlé, je ne vis pas dans l’attente de leur message, je suis passée à autre chose, mais ça reste quand même là.
Bref, résultat d’une pensée random que j’ai eu avant de dormir et que j’ai eu besoin de partager. Je ne souhaite pas de mal, je ne veux pas de vengeance, je veux que tout le monde vive en paix et heureux, et je sais que parfois, le bien passe le mal d’autres, y compris mon bien et y compris mon mal.
Grande Famille- Megadef
“Y a personne de parfait c’est pas ça l’injonction
Fais des efforts, dis pardon
Et casse toi la gueule c’est comme ça qu’on apprend
C’est pas interdit d’faire des erreurs
Mais tu choisis pas si on te pardonne ou non
Et j’me compte aussi dans l’équation
De la merde, j’en ai fait, y a des gens qu’j’ai déçus
Y en aura encore, j’me crois pas au dessus”