Bribes de Canette
Textes faits pendant un atelier d'écriture
Les consignes étaient : écrire un texte sur ce que les personnages a dans son sac, écrire un texte sur sa chambre, écrire sur un objet de sa chambre qui lui tient à coeur et écrire un texte sur sa plus grande peur
Dans mes poches j’ai tout ce que j’ai besoin. Un briquet, un poing américain, un paquet de clopes, deux trois pochons, un couteau, les clés de ma bagnole, ça c’est pour le perfecto, on peut mettre plein de truc quand on se débrouille bien.
Dans mon pantalon, j’ai réussi à caser un vieux mouchoir usé, une bague-décapsuleur et deux anneaux, mon bipper, un deuxième couteau (plus petit), un paquet de mouchoirs, un cadavre de canette, un sous-bock et des cailloux que j’ai ramassé sur le trottoir. Je crois que c’est aussi les clés de chez moi, mais je suis plus très sûr.
Quand on a récupéré l’immeuble, on a aménagé tout comme on pouvait, en se disant que de toute manière, on serait jamais vraiment là. Au début, on a essayé de se faire une pièce dortoir, mais progressivement c’est juste devenu le salon. Du coup, quand on voulait dormir, on allait s’écraser où on pouvait. Perso, j’ai pris l’habitude d’aller me caler dans l’atelier, le matelas entre deux chevalets et une veste en guise d’oreiller. On stocke tous nos instruments là, avec nos peintures les pinceaux et tout l’attirail à graffiti. Y’a toujours comme une odeur forte de glu, de brûlé et de javel, mais ça aide à dormir. J’avais commencé à peindre un truc sur le mur pendant une nuit acide, mais je me suis endormie le pinceau à la main et au réveil j’avais plus aucun souvenir de ce que j’avais voulu faire, du coup je dors sous une masse informe de couleurs fluos qui coule jusque sur le matelas. Y’a aussi un drapeau qui traîne, vestige de quand on avait fait un raid au Saint-Sauveur en pensant avoir flairé un filon. On avait surtout bien bu malgré les lèvres ouvertes, et le drapeau s’en souvient.
A cause du matelas, plus personne peut aller derrière, du coup j’en ai fait ma cache perso, même si c’est pas très grand comme espace. C’est suffisant pour planquer ma thune, quelques douceurs et mon couteau préféré. Mais surtout, c’est là où j’ai caché Bernard. Bernard, c’est un petite figurine en bois taillée toute moche dans une branche trouvée par terre dans la forêt avec Sophia. On se promenait, on s’amusait, on a trouvé la branche, et pendant qu’elle était allée nous chercher à boire, je l’ai taillé pour en faire un bonhomme. Quand je lui ai montré, elle a rigolé, comme elle sait le faire en étant mignonne, elle me l’a pris des mains avec le couteau, et lui a ajouté un visage. On l’a appelé Bernard, et on l’a trimballé dans nos poches le reste de la journée, puis de la semaine. Deux mois plus tard, j’ai retrouvé Bernard dans ma poche de blouson, et j’avais pas parlé à Sophia depuis trois semaines. Je l’ai serré fort contre moi, et je l’ai mis derrière mon matelas, pour ne pas oublier Sophia, même si je peux pas lui parler.
Ca fait déjà deux heures que je marche depuis les hauteurs de la ville, et je commence à voir des plus en plus gros nuages noir au loin qui viennent dans mon dos, depuis la montagne. Souvent, on dit que si y restent sur la montagne, la ville est épargnée, par contre, s’ils la passe…. Le vent commence à monter, ça fait ouvrir mon blouson d’un coup, et je vois des chaises qui commencent à bouger. J’aime pas ça. Pas ça du tout. Je commence à accélérer le pas, en essayant de me souvenir si par hasard je connais pas un endroit où me planquer le temps que ça passe, mais rien à faire je connais pas ce quartier. Un flash blanc arrive, presque immédiatement suivi d’un énorme craquement qui me fait sursauter. Pitié, non pas ça, pas encore. Je commencer à partir en petites foulées, peut-être que je peux être plus rapide que lui ? Deuxième flash, deuxième craquement, deuxième sursaut. Je sens un grosse goutte qui me tombe dessus, non c’est peut-être un oiseau qui pisse. Une autre goutte : un oiseau têtu. Une autre goutte : je préférerai l’oiseau. Troisième flash, troisième craquement, premier hurlement. Je vais me le prendre de plein fouet, ça va être horrible, qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça, pitié que quelqu’un vienne me sauver. Là, sous l’arche du magasin je peux peut-être m’abriter ?... Ah non putain, y’a trop de vent la pluie vient sur moi, et si la foudre tombe sur moi je suis mort. Ca y est, ça commence, c’est la fin, adieu à tous, le diable va m’emporter. C’était fun mais visiblement ça peut pas durer.